Au jour d’aujourd’hui - faut-il vraiment l’éviter ?

Un homme en costume parle dans un micro, avec le texte "Si on met la climatisation, on se coupe de financements" affiché. Une réflexion sur les enjeux financiers actuels.

Écrit par

Camille Riou

Publié le

12 juil. 2026

Table des matières

La formule au jour d'aujourd'hui intrigue parce qu’elle semble dire plus que « aujourd’hui », sans forcément rendre la phrase plus claire. Je la lis surtout comme un marqueur d’insistance : elle peut donner du relief au présent, mais elle alourdit vite le propos dès qu’on cherche un français net, précis et naturel.

Les repères à garder avant d’écrire cette formule

  • Elle renvoie bien au présent, mais elle ajoute surtout une insistance redondante.
  • Dans un écrit soigné, elle passe souvent pour un pléonasme inutile.
  • À l’oral, elle peut fonctionner si l’on cherche un effet volontaire de familiarité ou d’ironie.
  • Pour écrire avec naturel, « aujourd’hui », « à ce jour », « de nos jours » ou « actuellement » sont souvent plus justes.
  • Le bon choix dépend moins de la grammaire que du registre et de la nuance recherchée.

Ce que cette tournure veut vraiment dire

Dans l’usage courant, cette formule signifie à peu près maintenant, à l’heure actuelle ou de nos jours. Elle ne change pas le sens de base de la phrase ; elle le souligne. C’est précisément pour cela qu’elle attire l’oreille : on a l’impression d’une précision supplémentaire, alors qu’elle ajoute surtout une couche d’emphase.

Je la comprends comme une manière de marteler le présent. Là où « aujourd’hui » suffit à situer une idée dans le moment actuel, la version redoublée donne un effet plus appuyé, parfois presque théâtral. Ce n’est pas faux au sens strict de l’intelligibilité, mais ce n’est pas neutre non plus. C’est cette tension entre sens et effet qui explique la suite.

Pourquoi elle passe pour un pléonasme

La raison est simple : « aujourd’hui » contient déjà l’idée du jour présent. Ajouter une couche de « jour » autour de cette idée revient donc à redire la même chose avec plus de poids que de nécessité. L’Académie française la range parmi les emplois fautifs, tandis que Larousse la décrit comme un pléonasme familier, souvent teinté d’insistance ou de plaisanterie.

Je nuancerais toutefois le verdict sans le contredire : cette tournure n’est pas incompréhensible, et elle n’est pas apparue par hasard. Elle existe parce que la langue parlée aime les redondances expressives. On répète pour insister, pour rythmer, pour colorer. Le problème commence quand cette coloration déborde dans un texte qui demande de la sobriété. C’est là que l’on passe d’une marque de style à une lourdeur superflue.

Autrement dit, la tournure n’est pas seulement jugée sur sa logique grammaticale, mais sur son registre et sur l’effet qu’elle produit. Et c’est justement ce registre qui permet de savoir quand elle peut encore servir.

Quand elle peut fonctionner à l’oral

Je ne la bannirais pas de façon mécanique dans toutes les situations. À l’oral, elle peut encore jouer un rôle si l’objectif n’est pas la neutralité, mais la présence, la proximité ou l’insistance.

  • Dans une conversation spontanée, pour marquer qu’on parle vraiment du présent immédiat.
  • Dans un effet d’ironie, quand on veut faire entendre une voix un peu appuyée ou volontairement excessive.
  • Dans un dialogue de fiction, pour donner à un personnage une manière de parler bien reconnaissable.
  • Dans un propos familier, quand la répétition sert davantage le rythme que la précision.

En revanche, dès qu’on entre dans un mail professionnel, un article, un rapport ou une prise de parole plus cadrée, la tournure perd vite son intérêt. La vraie question devient alors : comment garder le sens sans garder le poids ?

Tableau d'adverbes et locutions de temps. Au jour d'aujourd'hui, on apprend à les utiliser.

Les reformulations qui sonnent plus juste selon le contexte

Le meilleur réflexe n’est pas de chercher une formule « plus élégante » à tout prix, mais de choisir celle qui correspond exactement à l’intention. Voici les variantes que je privilégie le plus souvent selon la situation.

Expression Registre Quand je la préfère Nuance apportée
Aujourd’hui Neutre Quand le simple présent suffit Clarté, sobriété, immédiateté
À ce jour Neutre à soutenu Pour un bilan, un état de situation, un relevé chiffré Idée de constat arrêté à la date présente
De nos jours Courant Pour parler d’une époque ou d’une évolution sociale Perspective générale, souvent comparée au passé
Actuellement Neutre Pour une situation en cours, un état provisoire Temporalité plus administrative ou factuelle
À l’heure actuelle Soutenu Quand je veux un ton plus posé ou plus formel Nuance précise, légèrement plus écrite

Dans la pratique, j’emploie aujourd’hui quand je veux aller droit au but, à ce jour quand je dresse un état des lieux, et de nos jours quand je veux opposer le présent à une période antérieure. Le gain n’est pas seulement stylistique : il rend le message plus lisible. Une phrase gagne souvent plus à être nette qu’à paraître chargée.

Les erreurs qui font dérailler le ton

Le piège principal, c’est de croire que la répétition donne automatiquement de l’autorité. En réalité, elle donne surtout du relief si le contexte la supporte. Dans la plupart des textes, elle produit plutôt l’effet inverse : elle attire l’attention sur la forme au lieu de laisser passer l’idée.

  • L’utiliser dans un texte professionnel alors qu’une version simple ferait plus propre.
  • La répéter plusieurs fois dans le même passage, ce qui finit par sonner artificiel.
  • La choisir pour sembler plus précis, alors qu’elle ne précise rien de plus qu’une alternative plus nette.
  • La mêler à un style déjà lourd, ce qui donne une phrase trop gonflée pour l’idée qu’elle porte.

À éviter : au jour d'aujourd'hui, le projet est terminé.
Plus naturel : aujourd’hui, le projet est terminé.
Plus précis : à ce jour, le projet est terminé.

La différence est subtile, mais elle compte. « Aujourd’hui » dit simplement le présent ; « à ce jour » cadre le constat ; la forme redoublée, elle, attire l’œil sur elle-même. Avec ces pièges en tête, il devient facile de choisir la formule qui sert vraiment la phrase.

Le bon réflexe pour écrire avec naturel

Je me fixe une règle très simple : si je n’ai pas une raison stylistique claire, je ne garde pas la tournure redondante. Dans un texte fluide, elle est rarement indispensable. Dans un passage oral ou volontairement expressif, elle peut encore avoir sa place, mais il faut qu’elle soit assumée, pas subie.

  • Je prends aujourd’hui pour le présent courant.
  • Je prends à ce jour pour un bilan ou un état de situation.
  • Je prends de nos jours pour parler d’une époque ou d’une évolution.
  • Je garde la forme redondante seulement si je veux un effet de voix, d’insistance ou de familiarité.

Autrement dit, la formule n’est pas interdite par la langue vivante, mais elle demande une vraie intention. Sans cette intention, elle donne souvent l’impression d’en faire trop pour dire trop peu.

Questions fréquentes

Parce que « aujourd’hui » contient déjà l’idée du jour présent. Ajouter « au jour de » redouble donc le sens sans apporter de précision utile. L’article rappelle que l’Académie française le juge fautif et que Larousse le décrit comme un pléonasme familier, souvent marqué par l’insistance ou la plaisanterie.

Elle peut passer dans une conversation spontanée si l’on cherche un effet de proximité, d’insistance ou d’ironie. L’article cite aussi le dialogue de fiction et le parler familier, où la répétition peut servir le rythme ou caractériser une voix. En revanche, elle perd vite de son intérêt dans un cadre professionnel ou écrit.

Le meilleur choix dépend du contexte. L’article recommande « aujourd’hui » pour le présent courant, « à ce jour » pour un bilan ou un état de situation, « de nos jours » pour une évolution générale, « actuellement » pour un constat en cours, et « à l’heure actuelle » pour un ton plus soutenu.

« À ce jour » convient mieux quand on dresse un état des lieux, notamment dans un bilan, un suivi ou un relevé factuel. Il donne une idée de constat arrêté à la date présente, alors que « aujourd’hui » reste plus neutre et plus direct. L’article souligne que cette nuance rend souvent la phrase plus lisible.

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pléonasme registre oralité insistance familiarité

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Camille Riou

Camille Riou

Je m'appelle Camille Riou et j'ai neuf ans d'expérience dans l'exploration des thèmes liés à la culture, à la société et aux expressions du langage. Mon intérêt pour ces sujets a émergé dès mon plus jeune âge, lorsque j'ai réalisé à quel point les mots peuvent façonner notre compréhension du monde. J'aime plonger dans les nuances du langage et analyser comment elles reflètent et influencent notre société. Au fil des années, j'ai écrit sur divers aspects de la culture et de la communication, cherchant toujours à rendre des sujets complexes accessibles et compréhensibles. Je m'efforce de vérifier mes sources et de comparer les informations pour offrir des contenus à la fois précis et à jour. Mon objectif est de fournir à mes lecteurs des éclairages pertinents qui les aident à mieux appréhender les enjeux contemporains.

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